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Mano a mano

2004 - musique Gorgé livret Demarcq et Meens
19 février 2014, par Francis

Quand les grues entament leur migration, elles croisent les passereaux de nos pays.

C’est ainsi que Meens et Jacques Demarcq se sont rencontrés. Gorgé dirige leurs entretiens.
Un concert rapsodique où la prose lyrique de l’un se mêle aux vers acidulés de l’autre.

Pour des chants si variés, Gorgé a exploré les genres les plus divers, électro, pop, radiophonie, mélodie française.
Geneviève Cabannes les a rejoints, soutenant l’entreprise de sa contrebasse.




Les grues d’Ibycus

musique Gorgé livret Demarcq et Meens, Enregistrement live, Centre Georges Pompidou, 20 octobre 2004



didélio
didliha-didliho

le loriot

vite un lot, d’idées – riot
tisse des… lianes
biche-toi : lionne

dis-lui à Figaro
se’ il mio desiderio

oui, bestiau
m’tit tuyau
mets-y d’l’eau

glisse-lui bas, bisse-lui haut
si ton chat ton rio
d’suite carill
onne

ouinn iiinnn
swing cousine
s !w !i !n !g

& comme oui comme
comme j’jouis oui-qu’
qu’jouis oui-qu’

gouiouic

Où courses de chars concours de chant
Sur l’isthme de Corinthe rassemblent
Les tribus grecques toutes gaîté
Va Ibycus l’ami des Dieux

Rien ne remue là qu’une volée
De grues en troupe qui l’accompagne
Aux lointains du Sud vers la chaleur
En escadre cendreuse elles vont

Accepte mon salut troupe amie
Qui me retrouve la mer franchie
Pour bon augure je vous tiendrai
Ma destinée est la vôtre même

Et vif il s’engage d’un bon pas
Se retrouve au beau milieu d’un bois
Où lui barrent sur un pont étroit
Deux meurtriers brusquement la voie

Devrais-je en ces lieux déserts mourir
En terre étrangère délaissé
Sous une main féroce périr
Où pas un vengeur ne m’apparaît

O vous vous autres grues tout là-haut
Si nulle autre voix ne peut parler
Soyez de ma mort la plainte élevée
Il dit cela et son œil s’éteint

hic tic tic, tsiiih, tsirlip
tsit, tsirrilitsit
(dixit)
le rouge-gorge

si suis cide
en tic pas tic
& patate cuite
(sic)

j’y pige que couic, oui
lyricuicuite encore l’irrite
(sec)

Chanter,
Planer,
Danser / parmi / les oiseaux
À la / guerre comme à l’envers
Rêver / là / tête en l’air

j’y pige que couic, oui
lyricuicuite encore l’irrite
(sec)
si j’loustique mon esthicic
blanc, olive, brique
ou si tricote éclicic
de l’artistic élastique
hélas
elle tique critique
acide… oh si
je m’interrouge et me soulcie
comment ça s’ixplique
(sex)
me gourre de rôle, sans goutte
cours-je rose, reste une gourde
voilà le hic
alors : me gorge de rouge
(hic)
qu’sang, nez, patte &
tic ! tic ! tic ! tic ! tic ! tic ! tic ! tic ! tic
(tic)




Deuxième sermon

musique Gorgé livret Meens, Enregistrement live, Centre Georges Pompidou, 20 octobre 2004



Innocentes grues, cœurs bas, cervelles serves, taupes et morues, presque tous voyagent ensemble, et comme par tribus. Les grues viennent de Scythie, de grands troupeaux de grues qui passent avec des cris d’enfants qu’on égorge, de grandes grues qui se tiennent au bord des fleuves par longues files alignées comme des régiments.
Elles s’envolent en battant des ailes. Les étourneaux, les perdrix, les pigeons, les hirondelles, les corbeaux, les grues, les poules, une foule d’autres, ne vivent jamais que par grandes troupes. Les grues déchargent des pierres.
Les pygmées montent sur des grues, des files de grues quand approche l’hiver, à perte de vue, plein de grues, grincement de crécelles, hiement de poulies, cri des grues, des hérons, des cigognes, comme de paons, de butors et de cygnes rôtis.
Ces gigantesques grues, ces grues qui font monter en l’air des pierres énormes, ces plaintives grues, ces troupes nombreuses d’oies sauvages, de grues, ou de cygnes, ces camps volants de grues, de tonneaux et de grues, de grues qui volent par troupes, poussiéreuses, ces grues, grues cendrées, ces grues que je coudoie.
Je me trouvai dans une troupe de grues, lesquelles d’abord furent étonnées de me voir si haut.
Les pierres étaient suspendues en l’air par des bataillons de grues, des perches, des échelles, des cordes, des poulies, des barres, des leviers, des poids, des contrepoids, des roues, des cabestans, des moufles, des grues, des dragues, des griffes, des grappes, des tracs, des pics, des crocs, des crics, que l’on prenait pour des grues, mêlés à des grues et d’autres oiseaux à longs becs.
Nous tendîmes aussitôt et sans réflexion le cou comme des grues, une grosse bêtise qui suppose des grues dans nos voisins, cette petite infanterie combattue par les grues.
C’est des grues ! Et abstiens-toi soigneusement, c’est-à-dire autant que tu le pourras, de paons, de grues, de foulques, de plongeons, et de poules d’eau.
Les grues comme les machines gémissent dans l’air.

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