Accueil > Nouvelles > "Un Glossaire d’oiseaux grecs" dans "Le Monde"

"Un Glossaire d’oiseaux grecs" dans "Le Monde"

une mention de première
3 février 2013, par Dominique

Douces trilles érudites, est-il écrit. On peut trouver cet article sur internet, encore faut-il être abonné, semble-t-il. Je ne crois pas faire offense en le publiant ici. D.M.

Douces trilles érudites. « Un glossaire d’oiseaux grecs », de D’Arcy Thompson
LE MONDE DES LIVRES | 01.02.2013 à 10h20 Par Julie Clarini

La littérature savante reste de la littérature. A ce titre capable d’ouvrir grandes les portes de l’imaginaire, parfois mieux que ne saurait le faire la fiction. Un Glossaire d’oiseaux grecs a été baptisé « dorman » par son auteur, soit un « roman sans romanesque », une expérience d’érudition pure, vertigineuse et insensée comme il se doit. Et emberlificotée comme les fils de laine dans un nid d’hirondelle. Tantôt on y picore un vers de Catulle, tantôt on survole l’Anthologie palatine, ici on arrache un proverbe savoureux comme une cerise, là on s’ébroue dans le courant d’un poème de Schiller. Et on ne sait jamais qui tient la plume. S’agit-il de l’écrivain et poète Dominique Meens, auteur français né en 1951 à Saint-Omer, ou de l’honorable biologiste écossais D’Arcy Wentworth Thompson (1860-1948), qui publia, en 1895, en langue anglaise, A Glossary of Greek Birds (Un Glossaire d’oiseaux grecs) ? L’un et l’autre peuvent prétendre à la signature puisque, comme dans la fable, l’un s’est perché sur l’épaule de l’autre, le roitelet Meens sur l’aigle D’Arcy Thompson pour être certain de voler au moins aussi haut.
Dominique Meens a traduit et augmenté l’édition originale de D’Arcy Thompson, la perlant « de commentaires dilettantes, d’anecdotes délectables prises à divers auteurs anciens et modernes, de remarques saisissantes et de propos inactuels sur la situation présente ». La somme qui en résulte est un lexique qui ne réjouira pas seulement l’adepte de la version grecque (qui sera bien aise d’apprendre que, dans Les Oiseaux d’Aristophane, l’eruthropous, littéralement un rouge-pied, est dit chevalier gambette, espèce assez commune en Grèce pendant l’hiver). Le promeneur urbain jugera précieux de savoir que chez Homère le pigeon n’est jamais domestique, toujours sauvage, et le marcheur champêtre que chez Martial « le cri de la pie est immédiatement reconnu à l’opposé du chant du rossignol, comme la page d’un auteur abruti placée au beau milieu d’un ouvrage de l’auteur » ; enfin le chasseur apprendra que si la perdrix cacabe en français, c’est que l’onomatopée kakkabè lui a longtemps servi de nom.

A quoi bon un tel savoir ? Mais parce qu’une cigogne n’est jamais seulement une cigogne, pas plus que le jabiru n’est jamais seulement un jabiru ; « il est dans une phrase, dans une liste qui fait phrase, il est couvert de phrases, il est à couvert sous les phrases, qui vous le font voir, qui vous font le voir, et le voir lui, le jabiru, pour l’occasion, jabiru ». Miracle du dévoilement par l’érudition. Voilà le parti pris commun de D’Arcy Thompson et de Meens, leur point de rencontre, la branche sur laquelle ils nichent. Ils ont pris le parti de l’oiseau comme Perec celui des choses : « Qu’est-ce qu’un aigle ? Ce que nous en faisons. Qu’en faisons-nous ? Ce que nous en disons, ce que nous choisissons d’en dire, le sachant ou non ». Pas besoin d’être adhérent à l’aëlpéo pour comprendre ça. Ni pour prendre plaisir, on l’aura compris, à ouvrir ce réjouissant glossaire.

Un glossaire d’oiseaux grecs (A Glossary of Greek Birds), de D’Arcy Thompson, traduit de l’anglais (Écosse) et augmenté par Dominique Meens, José Corti, 502 p., 29 €.


article précédent : Radafionie

article suivant : Un interview, une rencontre.