Le Premier Monde est une cage pleine d'oiseaux
Un Opéra virtuel de Gorgé - Meens
Il y a des dieux parmi les oiseaux.
Le Coq de roche est un dieu.
Les dieux sont
assoupis depuis des lustres, mais celui-là est
réveillé.
Ce doit être que des hommes ont
brutalisé son monde.
Que fait-il ? Il voyage.
Au désert, il croise un autre oiseau dont il
fait un autre dieu, le Sirli. Tous les deux
prennent leur envol pour en faire un
troisième, ailleurs, le Calao.
Trois dieux pour faire disparaître un monde..
I. Les Huaronis

Nous sommes en Amazonie équatorienne, chez les Huaronis. Une multinationale construit là un barrage. Karl Kreutz, ingénieur allemand qui dirige les travaux, invite une tribu à se déplacer en aval de la construction à moins d’être engloutie. Celle-ci refuse et les femmes de la tribu demandent à Moï, leur chaman, d’intervenir. Moï fait alliance avec le feu, représenté par le Coq de roche, qui retiendra l’eau du fleuve. La multinationale ne l’entend pas de cette oreille. Moï est assassiné, l’eau emplit enfin le barrage.
PERSONNAGES :
Karl Kreutz, ingénieur du barrage
Les ouvriers du barrage
Moï, chaman huaroni
Les femmes huaronis
Le coq de roche, dieu
La milice du barrage
1. Prélude
mis à jour le 14 novembre 2008
On découvre au lever du rideau, perdu en forêt, un énorme chantier.
2. Scène 1
mis à jour le 8 février 2009
Au pied du barrage, Karl Kreutz l’ingénieur, fête avec son équipe la mise en eau de l’ouvrage.
Les ouvriers
Elle monte ! Elle monte !
Enfin !
Kreutz
Cinq ans, cinq ans ici,
Cinq ans d’efforts…
Les ouvriers
Cinq ans ! Cinq ans, ici !
Kreutz
Cinq ans de sueurs, cinq ans de cris, cinq ans
D’espoir.
Les ouvriers
L’eau monte ! elle monte !
Enfin !
Kreutz
L’eau monte, elle monte,
Ton barrage, mon vieux Kreutz !
Les ouvriers
Cinq ans ! Cinq ans, ici !
Kreutz
Le barrage Kreutz,
Ton barrage, mon vieux !
Les ouvriers
Elle monte ! Elle monte !
Enfin !
Kreutz
Cinq ans, cinq ans ici,
Cinq ans d’efforts…
Les ouvriers
Cinq ans ! Cinq ans, ici !
Kreutz
Cinq ans de sueurs, cinq ans de cris, cinq ans
D’espoir !
3. Scène 2
mis à jour le 5 mars 2009
En amont, sur la rive du fleuve, MoÏ le chaman et les femmes huaronis s’inquiètent de la montée des eaux.
Moï
La terre se remue,
Le coq de roche s’envole,
Les vautours s’envolent,
L’eau monte,
Les femmes se changent en grenouilles…
Les Femmes
Nous ne sommes pas des grenouilles !
Cesse de dormir !
Cesse de rêver !
Demain nous marions nos hommes :
Comment danser dans l’eau qui monte ?
Arrête-la !
Réveille-toi !
Arrête-la !
Réveille-toi !
Moï
Comment pourrais-je éveiller le Dieu ?
Pourquoi l’arrêterais-je, pourquoi ?
Les Femmes
Chaman, un homme l’a décidé,
Et si le fleuve
Sort de son lit,
Ton Dieu veut colère et vengeance :
Tu sais bien ce que Kreutz a fait !
Il a coupé
La voie du fleuve,
Il faut partir
Ou se noyer.
Moï
Le Dieu dort trop profondément,
Le Dieu nous oublie…
Les Femmes
Que ta colère soit terrible,
Cesse de dormir !
Cesse de rêver !
Demain que ta rage s’éveille,
Nous danserons les pieds au sec,
Réveille-toi !
Et dès demain
Réveille-la !
Nous danserons !
Moï
Trouvez-moi le messager, le coq de roche.
Amenez-le moi. Je lui parlerai.
Il parlera au Dieu.
4. Scène 3
mis à jour le 24 mars 2009
Moï, seul.
Moï
Le coq de roche est mon emblème,
Il est mon ennemi.
Jamais il n’est venu dans mes rêves.
Toujours quand je l’ai croisé,
J’ai dû me battre et le chasser des corps
Qu’il enfiévrait.
5. Scène 4
mis à jour le 24 mars 2009
Arrivée resplendissante du coq de roche, Moï le prie d’agir.
Le Coq de roche
Elles m’ont trouvé, Moï !
Tu me chasses d’elles et tu me les envoies !
Tu ne veux pas de moi
Auprès de tes femmes :
Elles m’appellent comme l’incendie réclame la pluie !
Regarde ! Elles font cercle autour de moi,
Et je danse !
Il danse avec les femmes
Moï
Coq, tu es la flamme qui les brûle,
Non l’eau qui les éteint.
Il n’est plus temps de jouer, Coq,
Ni de mentir.
Le fleuve monte,
Tu ne pourras bientôt plus rougir
L’eau de nos femmes.
Le Coq de roche
L’incendie dévore la flamme,
Le fleuve noie l’averse.
Tu prends l’envers pour l’endroit.
L’eau monte, dis-tu,
Qu’as-tu fait ?
Moï
L’autre est venu.
Le Coq de roche
L’Autre, quel Autre ?
Moï
Celui qui ne te voit pas.
Il noie le fleuve et le fleuve
S’endort, le fleuve
S’oublie dans son eau,
Oublie le feu qu’il te doit.
Le Coq de roche
Eh bien, réveille-le !
Moï
Je t’ai chassé.
Le Coq de roche
Rappelle-moi !
Moï
Viens, Coq.
Le Coq de roche
Je viens !
Que l’incendie dévore la flamme !
Nous allons chatouiller ton dieu !
Le Coq couvre le chaman de ses ailes.
Le chaman brûle, il est le coq.
On danse.
L’eau se retire.
La fête est troublée par l’arrivée de Kreutz accompagné d’hommes en armes, les sbires de la multinationale.
6. Scène 5
mis à jour le 18 septembre 2008
L’eau a cessé de monter.
Karl Kreutz, inquiet soupçonne les huaronis de magie.
Kreutz
Que fais-tu, Moï ?
Moï
Tu le vois. Je brûle.
Kreutz
Tu es fiévreux. Oui.
Mais pourquoi patauger ici
Depuis des jours quand je vous dis
D’aller là-bas, de l’autre côté ?
Et puis, l’eau ne monte plus !
Qu’avez-vous fait ?
Moï
Je n’irai pas.
Nous n’irons pas.
Je brûle et le fleuve s’éveille.
Kreutz
Tais-toi donc
Il désigne les sbires :
Ceux-là vont te croire !
Aux femmes :
Femmes, emmenez-le !
Moï
Elles ne m’emmèneront pas.
Elles brûlent aussi.
Nous brûlons tous et le fleuve s’éveille.
Le fleuve se retire.
Kreutz
Aux sbires :
Il est à vous,
Emmenez-le !
7. Scène 6
mis à jour le 18 septembre 2008
L’ingénieur, quoique troublé, seul au pied du barrage, exulte.
Kreutz
Ils l’ont emmené.
Le fleuve réveillé se retirait.
Je l’ai vu de mes yeux vu.
J’ai vu le coq de roche
Danser sur l’eau comme une flamme
Et la flamme asséchait le fleuve et Moï brûlait.
Ils l’ont emmené.
Le fleuve revenu s’est endormi.
Je l’ai vu de mes yeux vu.
L’oiseau a plongé comme une pierre.
Moï a cessé de brûler, la flamme a quitté le fleuve.
L’eau monte, elle monte !
Kreutz, le barrage Kreutz !
Ton barrage, mon vieux Kreutz !
8. Epilogue
mis à jour le 4 octobre 2008
Le rideau tombe, on entend :
Les oiseaux
Chanter,
Planer,
Danser parmi les oiseaux
À la guerre comme à l’envers
Rêver là tête en l’air