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Bénéfices de l’échec, succès de la dette

compte rendu d’expédition à Marseille
19 septembre 2011, par Dominique

Vous trouverez le podcast de la bande-son chez radio-grenouille, par ici.

Les succès de la dette, qui ne les connaît de Washington à Pékin et retour passant par la Grèce, berceau et caetera. Ils ne font preuve autre que rhétorique aux bénéfices de l’échec, de sens commun, ici tout de même un peu biaisé par la seule valeur du jour, économique.

Aussi, pour dire autrement la vérité, n’ai-je tiré aucun bien de l’exposé solitaire fait ce 17 septembre 2011 entre zéro et quatre heures, quant à l’absence de tout public, et surtout d’un de ceux qui auraient pu affirmer, présents, qu’un propos allait là se tenir.

Cependant, C*** et M***, l’une et l’autre, y furent bien, assurant professionnellement leur part, avec de l’amitié. Je me dois de les en remercier vivement.

marseille

L’heure passant, ne voyant rien d’autre venir que la mise en œuvre du projet, alors toujours considéré « événement culturel », la question s’est posée de mon inquiétude possible. J’y rétorquais que je n’étais pas un artiste et que de la question (?) du public (!) je me contrefichais. C’est le cas de l’écrire, le public m’avait bien deviné ; exposer quoi que ce soit d’autre que ce qui permet quelque transe entre zéro et quatre heures du matin, on n’a pas idée : j’étais fiché sans intérêt. « Il travaille, ce pauvre homme, laissons-le travailler. » Cette remarque m’est venue du fait qu’un cinéaste était dans ces mêmes lieux, pour les mêmes raisons, qui travaillait à son propre écran, aux mêmes heures.

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Il n’est pas exclu que je dise quelques mots de ce travail qu’un peu d’humour nommerait « installation suivie d’une performance » comme Danielle Mémoire écrit « Lecture publique suivie d’un débat ». Le montage de la bande-son des « Revenants » sur le film de la NRK, malgré un problème technique touillant le noir des tunnels en une sorte de grisaille lumineuse très désagréable — M*** en fut gêné jusqu’à l’insupportable —, ce montage s’est trouvé extrêmement motivant. Il y avait là comme un promesse, due à ce paysage avalé par la caméra, comme au départ du Shining de Kubrick. Peut-être ce lieu dont nous entendions parler nous indiquait-il, tenant le rôle de la flèche d’un vecteur, « c’est par là », ou mieux nous appelait-il, « venez donc, c’est par ici ». M*** parlait, lui, de ces rêves où l’on n’en finit pas de chuter.

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Vous entendez, de cette chute, le bémol que plaçait M*** à ma satisfaction. C’est qu’en effet, cette promesse n’est pas tenue. Comme il m’en fit la remarque à l’issue : « Je n’ai rien appris ». Il n’a donc rien appris qu’il ne savait déjà. Lui restait, pour finir, la description d’un village, intéressante malgré quelques longueurs. Ce qui, on en conviendra d’autant qu’on n’y était pas, ne méritait guère le déplacement.

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Vous connaissez cette histoire. L’emprunteur du chaudron répond à celui qui le lui a prêté : « Un, il était déjà troué quand tu me l’as prêté ; deux, je te l’ai rendu intact ; trois, je ne te l’ai jamais emprunté ». Voici, dans ce genre que j’aime beaucoup, ce que je pourrais proposer.

Un. Toutes ces paroles que nous entendions de S*** [1], qui visent ce supposé « mieux » qu’à cru percevoir l’enquêteur, sont structurées par des discours qui ne sauraient exprimer sa possibilité puisqu’ils sont là pour l’interdire ou l’empêcher. Aussi ne pouvons-nous rien apprendre du professeur, du savant, comme du poète, que nous ne sachions [2] ; ces discours, nous en sommes bassinés. Il ne s’agissait donc que de vérifier si, dans un lieu dont la réputation révolutionnaire est combien moindre que celle d’un squat anarchiste ou d’une banlieue incendiée, l’éthique du possible, de l’ouvert, de la décrispation, était disponible à la reprise (au « retour à » comme on disait « retour à Freud »). Une réponse affirmative ou négative à cette question ne fait pas un savoir.

Deux. Elle ne sort pas, cette réponse. L’entend-on jamais autrement qu’à l’écart, précisément, du savoir ? Le roman, littérature et cinéma, en font leur fromage. On ne pourrait conclure là que sur l’absence d’illusion chez l’enquêteur : un jardin, le refus de philosopher, l’eau buvable d’une rivière, suffisent pour ses fictions.

Trois. Car le lapin est dans le chapeau du prestidigitateur dès qu’il entre en scène. Si le film de la NRK m’avait paru la table de dissection du parapluie de mon enquêteur, c’est bien que j’en voyais l’effet homérique. On part, on retourne chez soi, on ulysse. Fiction, comme on sait. Le trou de mon chaudron est ici : il y a trois lapins et je ne suis pas prestidigitateur. J’ai dit que je ne suis pas un artiste, voilà pour la scène. Il y a un lapin précédent, il y en aura un suivant. Je n’ai pas fini d’en baver, et cela ne concerne que moi, comme le « public » l’a bien compris.

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1. J’écris « S*** », non pour préserver les personnes que j’y ai rencontrées, comme j’ai pu le penser, mais bien pour insister sur la qualité de ce possible que recherche l’enquêteur, “ordinaire”. Si les documentaristes, poètes, et autres journalistes, se sont précipités et se précipiteront à Tarnac et autres Tataouine qui suivront, on sait que c’est à la suite d’une méchante équipe de sauvages qui souhaitait et souhaitera y surprendre du “pas ordinaire”.

2. On aurait dit autrefois : du curé, du médecin, comme du philosophe.

Notes

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