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Les Macloma

Les clowns
24 mai 2014, par Francis

Photos : Arthur Azoulay




À l’université Paris 8 - Vincennes, en 1972, cinq étudiants s’inscrivent au cours de scénographie de Alain Schons et constituent ensemble un atelier d’improvisation clownesque. C’est le final de leurs tentatives, en 1973, qu’une vidéo discrète nous permet d’entrevoir. Prenant leurs marques sur la ligne de départ, pouvaient-ils soupçonner que débutait là une aventure qui, du moins pour trois d’entre eux, se développerait sur plus de trois décennies ? Ils devaient s’initier à la confection de MAsques et de MArionnettes : avec le CLOwn, quoi de plus adéquat comme nom de baptême que celui de MACLOMA ?

Leurs premiers balbutiements métamorphosés en spectacle, s’affirmant nettement du côté du burlesque, de l’épique et du mélo, les voilà déjà partis en tournées dès 1973. Dario Fo les remarque et les invite, en 1975, à jouer dans son lieu, la Palazzina Liberty de Milan. Il les confirme dans leur démarche de rire décapant et subversif : « J’ai eu la chance de travailler avec de vrais clowns. Eh bien, les Macloma sont de vrais clowns... Le ricanement des Macloma est vraiment salutaire : il est confiance amère, douloureuse, mais confiance. Dans une culture comme celle qui est au pouvoir pour laquelle le pessimisme est le lieu commun de l’intelligence et de la supériorité, vive le prout insolent qui fait péter le coccyx, cette clef de voûte des académiques derrières en marbre et à bicorne ». A partir de 1979, ils sont trois, Philippe Azoulay, Alain Catonné, Guy Pannequin, à parcourir le monde, se produisant dans de nombreux théâtres et lors de festivals internationaux.

Leur parcours clownesque est immense : toute l’Europe ou presque (France, Italie, Hollande, Allemagne, Suisse, Espagne, Angleterre), mais aussi l’Afrique, (Algérie, Tunisie, Burkina Faso), l’Asie (Corée, Japon) et les Amériques (USA, Mexique, Canada), incluant au final huit années de tournées avec le Cirque du Soleil. Le nombre des représentations données est impressionnant.

Quelques titres de leurs spectacles éveilleront sans doute pour certains des souvenirs coruscants de rire magique : Hérozéro, Délimélo, Darling Darling, Varietà, QQQ, La Repasseuse, Trio, Imbroglio, Quidam. Comment les oublier ? Impossible ! Un livre à venir, assujetti d’un DVD, en portera bientôt témoignage, et ne pourra que réjouir ceux qui les ont vus tout autant que ceux qui auraient tant aimé les voir...

Bernard Bénech – octobre 2011
Ancien enseignant au département Théâtre de l’université Paris 8 à Saint-Denis, il a suivi les créations des Macloma pendant une trentaine d’années.


Dario Fo en 1976 :
J’ai eu la chance de travailler avec de vrais clowns. Eh bien, les Macloma sont de vrais clowns, c’est-à-dire de ceux qui connaissent le rythme d’une chute, le brusque déclic de la tête après un temps d’arrêt, qui savent donner et recevoir un coup de pied, avec art, soupirer de tout le corps à partir des genoux, pleurer avec les pieds quand ils marchent, être terriblement gais, heureux de tout, et le faire comprendre du bout des doigts en regardant en l’air...
...le vrai clown sait, par son seul regard, vous faire imaginer des oiseaux volant haut, d’autres piquant en rase-mottes, et puis les nuages, le vent, le soleil. Le vrai clown représente des obscénités sans qu’aucun gosse y remarque rien de scandaleux. Le vrai clown se retrouve en caleçon, se compisse, se conchie à tout va, s’excite, se masturbe comme on jouerait du clavecin : il n’y a là rien que de propre, parce que purifié par le grotesque et la satire...
...les Macloma, que j’ai vus à la Palazzina Liberty de Milan, sont exactement cela. Entendons-nous : ils ne sont pas des poètes le petit doigt en l’air. Ils savent avoir de l’agressivité jusque dans la douceur, ils sont d’une violence tout sucre et d’une truculence tout miel, et c’est à chaque fois une façon de dénoncer explicitement le monde obtus, trivial, obscène, sans culture que nous fait avaler la société où nous vivons, multinationale, multicapitaliste, multiconsommatrice, multimilitaire, multimasculine, autodestructrice...

...le ricanement des Macloma est vraiment salutaire : il est confiance, amère, douloureuse, mais confiance. Dans une culture comme celle qui est au pouvoir, pour laquelle le pessimisme est le lieu commun de l’intelligence et de la supériorité, vive le prout insolent qui fait péter le coccyx, cette clef de voûte des académiques derrières en marbre et à bicornes...
...c’est assurément un art « de classe », ils font de la politique, ils ont choisi leur camp, mais sans venir débiter des discours électoraux, sans déclamer l’inévitable formule des « grands ancêtres ». En cela aussi, je dois le dire, ils témoignent d’une grande confiance, confiance dans l’intelligence, dans l’imagination des gens, de tous (de tous ceux qui nous intéressent, ils sont nombreux). Et voilà qui est vraiment révolutionnaire...

Dario Fo 1976. Traduction Valeria Tasca


Chers Macloma,
Suite à notre conversation de ce jour, je, soussigné, Francis Gorgé, m’engage à honorer le cahier des charges concernant la partition sonore de "QQQ" : du grommelot de poisson, de la musique magique pour danser sur un fil, le bruit d’un raz de marée, de l’opéra à transformations, de la musique de cirque comme on l’aime, un rap siamois etc... etc... De votre côté, veuillez prendre note des désirs du compositeur : vous accepterez d’être stimulés et /ou agressés par l’univers musical créé (vous ne vous gênez pas, vous, avec le public !). L’utilisation de technologies modernes pour la réalisation de la dite partition ne vous effraiera pas. La bande enregistrée n’exclura pas les interventions en direct du musicien pendant le spectacle. Vous ne vous fâcherez pas si le public, en sortant du spectacle, égaré par la musique, est surpris à dire : « Quel film épatant !!! ».

Francis Gorgé

J’ai eu le bonheur de participer en tant que musicien et bruiteur à trois spectacles des clowns Macloma :

QQQ
La repasseuse
Imbroglio

Voici quelques extraits des musiques que j’ai créées pour ces joyeux clowns insolents :


QQQ

1985 - avec Philippe Azoulay, Alain Catonné et Guy Pannequin



Les siamois
musique Francis Gorgé


Entrée des gladiateurs
musique Fucik, arrangement Francis Gorgé



La repasseuse

1987 - avec Guy Pannequin



musique pour Jénia
musique Francis Gorgé


Le repassage
musique Francis Gorgé





Imbroglio

1992 - avec Giovanna D’Ettore, François Macherey, Françoise Pinkwasser et Guy Pannequin



Le magicien
musique Francis Gorgé


Le cirque de puce
musique Bernard Vitet - Francis Gorgé




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