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Paysage Départ

1992 - musique Gorgé Livret Meens
16 février 2014, par Francis

Gorgé – Meens a voulu rendre compte de l’apparition de la technique la plus électrique dans les paysages de la Flandre française avec la mise en place du TGV Paris – Londres.

D’une plaine agricole remembrée pour la cause surgissent un témoin du passé, quelques porcs d’un élevage industriel, une alouette.

Francis Gorgé est à la guitare électrique, Denis Colin à la clarinette basse, Dominique Meens chante.
De passage dans les environs, Geneviève Cabannes chante et Bernard Vitet joue du bugle.

Le cd Paysage départ (ADDA/in situ 590121) a obtenu 1992 le label Musique Française d’Aujourd’hui attribué par la SACEM.
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Enregistré au studio Cargo par Romain Frydman


1. Assis dans la plaine

musique Gorgé livret Meens


Assis dans la plaine mais j’ai beaucoup marché et j’ai tout emporté avec moi tombereaux de betteraves arrachées des boues d’octobre charrois de lin poussiéreux massifs des ballots de paille où se percher

La rue Adam va droit devant moi se perdre c’est un tracé pour commencer un geste strict avant le brouillon des garennes

Assis dans la plaine mais j’ai beaucoup marché et j’ai tout emporté avec moi de quoi me rincer du souvenir éclipser la biographie de quoi laisser là-bas Saint Louis brandir sa fronde et jeter sur l’arc un départ de tambours et trompettes…




3. Il voit

musique Gorgé livret Meens


Il voit elles sont debout assises ou couchées sanglées en arrière des épaules aux arceaux qui les emprisonnent leurs petits divaguent autour d’elles se regroupent sous la lampe il arrive qu’elles en écrasent en se couchant bien qu’elles les avertissent alors tous reculent attendent qu’elles s’offrent et se ruent le plus faible attend son tour se laisse mourir à moins que l’homme…

il voit leurs appels quand l’homme tarde à les nourrir leur violence leur imprévisible férocité il voit comme cela résonne avec les piquets masqués par les culture piquets trempés de rouge banderilles espacées de loin en loin au rythme d’une trace future…

dirais-je au Croisé ce qu’est un train à grande vitesse quand nous ne le savons pas nous-mêmes ?
il s’échappe voilà tout.

Quelques-uns gesticulent sous le nuage d’ocre : c’est qu’il faut remembrer.
A ce mot, reviennent au soldat vigueur et mémoire.
Il se redresse, jette son caillou :
"Tu n’as pas assez marché, allons !"
Rue Adam, mon soulier gratte la marne, j’entends le chant du lépreux, le grelot du verdier.
" Allons, essouffle-toi ! Essouffle-toi ! dit l’oiseau."




7. Crésecques

musique Gorgé livret Meens


Crésecques désarticulé, Crésecques abrupt, Crésecques au franc bord de la plaine… Crésecques ! Bruit !

Bruit d’un fagot jeté loin de l’arbre abattu ; cri du charme rompu ; soupir des brindilles au recul du bûcheron ; remue-ménage d’un troglodyte parmi les feuilles sèches ; énervement du merle, fougères bouleversées ; crépitement de l’épeiche ; scintillement d’écorces ; bond !

Bond d’un chevreuil agacé ; poursuites inachevées ; batailles !
Ailes frappées des palombes ; stridences ; crachats ; porte claquée au pavillon de chasse ; averse de grêle ; sortie dénoncée d’une taupe, d’un mulot ? d’une bête ; effronterie d’un lézard.

Brusque pleins feux dans les clairières ; courses à l’appel du garde-chasse ; réveil du corbeau, la nuit ; désordre des ronces ; éboulis sous le pied, branches brisées net, fric-frac dans les épines au nid des tourterelles, linge déchiré, genoux écorchés.
Soudain regard froid d’une biche au fond d’un hallier ; chute, cosses craquantes.

L’hiver, miroir des flaques, épouvante des trembles paralysés.
Midi silencieux, lourds d’insectes. Orage retenu comme un brouillard. Foudre giflée sur un chêne crucifié, haletant : « Crésecques ! » Un dernier mot avant de filer les mains pleines, essoufflé d’avoir voulu le retenir.




11. Je crois rêver

musique Gorgé livret Meens


Je crois rêver la troupe sort avec lui de la glandée groins trempés dans les rangs de betteraves

elles ronchent grognent reniflent mordent traînent leurs tétines flasques dans les ornières mastiquent la boue crachent bavent à grands coups de langue suçotent un caillou se frottent aux écorces couinent mâchonnent glairottent mâchouillent pissent sous elles brossent leurs flancs dans les ronces fouissent du boutoir jusqu’à l’oreille arrachent bousculent piétinent braillent un coup quand un pied se perd entre les culs roses un chien tourne loin autour elles filent dans la brume qui monte du Hagembert chimères ?

quand un visage me colle aux yeux ?
un visage pardonnez-moi une face une gueule une tête de porc contre la mienne à nous confondre dans les suies d’Octobre




13. La route du faire coupée

musique Gorgé livret Meens




La route du faire coupé, la terre se ressaisit.
Les arpenteurs se dispersent.
L’affairement déplace les fossés, remise les haies, encombre les ornières, arrache les souches, noircit d’asphalte les pieds de Saint-Louis.
" Prière, dit l’écriteau, prière de laisser les lieux… prière..."(bis)

Et les touristes anglais emportent leurs cochonneries. Essoufflés ? Jamais plus depuis que la Très Grande Vitesse refuse tout regret de la rime finale : Octobre.

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